Sarah Wattelet - Psychologue clinicienne & sociale
Genres, sexualités, relations
Ces trois termes rassemblent un très grand nombre de vécus dynamiques et multiples. Le genre concerne tant l'identité de genre intimement vécue que l'expression de genre et les attentes qui y sont liées. La sexualité touche à l'orientation sexuelle, aux pratiques sexuelles, au rapport au corps. Les relations se déploient aux niveaux familial, romantique, sexuel, professionnel, scolaire, amical, entre autres choses.
Si chacune de ces thématiques a ses problématiques propres, elles peuvent également s'entrecroiser. C'est particulièrement le cas pour les personnes qui sortent de quelque manière que ce soit des normes cisgenres, hétérosexuelles, hétéroromantiques, monogames et que je nommerai ici les personnes queer. Néanmoins, des souffrances peuvent apparaître quelle que soit sa position propre sur ces différents continuums, que l'on soit ou non queer.
Les personnes qui ne se retrouvent pas dans l'appellation queer sont des personnes cisgenres (c'est-à-dire que leur genre correspond à celui qui leur a été assigné à la naissance), hétérosexuelles (attirance sexuelle uniquement pour des personnes d'un autre genre que le leur), hétéroromantiques (attirance romantique uniquement pour des personnes d'un autre genre que le leur) et monogames (relations romantiques et sexuelles avec un·e seul·e partenaire, de façon exclusive).
Bien que ces personnes soient alignées avec les attentes cishétéromononormatives de la société, des questionnements peuvent émerger à divers niveaux. De manière non-exhaustive, l'on peut citer les désirs s'éloignant de la norme de sexualité sur le plan des pratiques (on pourra parler de kinks, qui rassemblent les pratiques ciblées sur un/des objet(s) ou partie(s) du corps et/ou impliquant une forme de douleur, de contention, l'emploi systématique de jeux/accessoires/accoutrements et d'autres) ; troubles en termes d'excitation, de plaisirs, de désirs, de libido, de douleurs ou inconforts en lien avec la sexualité ; conflits au sein du couple ; difficultés avec les relations romantiques et/ou sexuelles ; interrogations sur les moyens de protection et de propagation des infections sexuellement transmissibles...
En plus de ces diverses sources de difficultés potentielles, les personnes queer peuvent également rencontrer des obstacles qui leur sont spécifiques. De manière générale, le modèle du stress minoritaire établit par Ilan H. Meyer en 2003 reprend les éléments théoriques qui seraient à l'origine de la prévalence plus importante de troubles de la santé mentale dans la population queer par rapport à la population non-queer (https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC2072932/).
Parmi les difficultés individuelles mentionnées en cabinet, l'on retrouve régulièrement : la recherche du point de confort en termes, notamment, d'expression de genre ; la gestion émotionnelle de la dysphorie de genre ; les questions autour des coming in et coming out ; les sentiments de légitimité et d'inclusion dans les communautés LGBTQIAP+ ; les complications des personnes polyamoureuses autour de la jalousie/compersion/envie/acceptation/attachement...
Parmi les difficultés relationnelles discutées en cabinet, l'on peut citer les difficultés dans les relations entre personnes ace (spectres de l'asexualité et de l'aromantisme) et allo (personnes qui éprouvent de l'attirance sexuelle et romantique pour d'autres personnes sans que cela ne soit source de questionnements) ou entre personnes monogames et polyamoureuses ; les différences de degrés d'acceptation de ses identités et de volonté de les partager à d'autres ; les divergences au niveau des pratiques et/ou attentes sexuelles...
Femmes, hommes, personnes non-binaires, agenres, polygenres, de genre fluide, qu'elles soient hétérosexuelles, gays, lesbiennes, bisexuelles, trans, cis, queer, intersexes, asexuelles, pansexuelles, aromantiques, monogames, polyamoureuses, ou encore bien d'autres, tout le monde a bien évidemment le droit de s'approprier ces termes à sa façon, d'en changer, de les combiner, tout cela dans le but de se sentir en meilleure adéquation avec ce que l'on sent et sait être.